6  La branche Herbillon (1600-1900)

La branche Herbillon

La branche Herbillon, solidement ancrée en Meuse, constitue l’un des piliers de notre ascendance. Elle mène jusqu’à Marie Berthe Gillet, la grand-mère de Marie-Thérèse Ambroise, ma propre grand-mère. Le grand-père de Marie Berthe, Michel Herbillon, fut soldat de l’Empire, engagé dans les campagnes napoléoniennes. Son père, Louis Eugène Gillet (1810–1885), employé à Bar-le-Duc, avait épousé Barbe Marie Elisa Herbillon, perpétuant ainsi l’alliance entre deux familles locales. Cette lignée, faite de soldats, d’artisans et d’humbles travailleurs, témoigne d’un enracinement profond dans le Barrois.

Depuis le début du XVIIᵉ siècle, la famille Herbillon est solidement ancrée dans les terres du Barrois, autour des villages de Combles-en-Barrois et Montplonne, en Meuse. Ces deux bourgs, encore aujourd’hui discrets, formaient jadis des communautés rurales typiques, vivant au rythme de la terre, des saisons et des fêtes religieuses. Vers 1700, chacun comptait à peine quelques centaines d’âmes, mêlant paysans, artisans et journaliers. On y cultivait le seigle, l’orge, le lin, on y élevait quelques bêtes, on y façonnait la terre. L’économie y était locale, fondée sur la subsistance, le troc, la transmission. Dans cet univers rural, les familles comme les Herbillon occupaient une place durable, génération après génération, rarement riches, mais profondément implantés. Leurs noms, inscrits dans les registres paroissiaux depuis plus de quatre siècles, témoignent d’une présence continue, d’une vie modeste mais stable, qui s’étire sur fond de forêts, de clochers, de silences et de terres labourées.

6.1 François Arnould, potier de terre à Combles-en-Barrois (1727–1813)

François Arnould (1727–1813), potier de terre à Combles-en-Barrois, était un parent de Michel Herbillon. La famille Arnould, quant à elle, est solidement implantée à Combles depuis au moins le XVIIe siècle.

Je l’imagine dans l’atelier de terre battue, une pièce simple, un four à bois au fond, des pots alignés sur des étagères de fortune. Arnould François est né à Combles-en-Barrois un samedi d’août 1727, dans une maison probablement modeste, entre champs, vergers et chemins de traverse. Il est le fils de Nicolas Arnould et de Marie Anne Fournier — une lignée de gens de la terre, établis dans ce petit village de Meuse depuis des générations.

Il devient potier de terre. Un métier de patience, de gestes répétés, de savoir transmis sans écrit. Il malaxe l’argile locale, la tourne, la sèche, la cuit. Il fabrique des objets pour vivre : cruches, jattes, pots à lait. À cette époque, chaque foyer dépend encore de ces artisans silencieux. Ce qu’il produit est rustique, utile, sans fioritures, mais indispensable.

En 1756, à l’âge de 28 ans, il épouse Marie Busselot, une femme née à Combles, comme lui. Ensemble, ils auront au moins sept enfants.

François Arnould traversera l’Ancien Régime, les révolutions et l’Empire. Il meurt en 1813, à 86 ans — une longévité rare. Il aura vu disparaître les rois, les privilèges, les curés, les anciennes mesures. Mais sans doute que dans son atelier, le monde changeait peu. Le tour tournait, la glaise séchait, et les enfants, autour, apprenaient à faire avec ce qu’ils avaient.

6.2 Michel Herbillon, Chasseur à cheval, compagnon de l’Empire (1783–1870)

Michel Herbillon naît le 20 mai 1782 à Combles, dans la Meuse, au seuil des bouleversements révolutionnaires. Fils de Pierre Gaspard Herbillon et Madelaine Derosne, il grandit dans une France qui s’apprête à balayer l’Ancien Régime.

Le 6 décembre 1807, à Bar-le-Duc, il épouse Marie Scholastique Pernet, née à Bar en 1780, fille de François Pernet et Marie Anne Vuillaume lors d’un mariage solennel à la Mairie de Bar le Duc,“le jour de l’anniversaire du gouvernement de Sa Majesté l’Empereur et Roy et de la victoire d’Austerlitz. Il a alors 25 ans, elle en a 27. Ce mariage scelle l’union d’un ancien soldat de la République avec une fille de Lorraine, dans un monde marqué par l’Empire et ses promesses.

Il repose là, sous une stèle de pierre surmontée d’une grande croix, en bordure d’un cimetière (Stèle surmontée d’une grande croix en pierre, en bordure à proximité de la sépulture Boucher de Morlaincourt). L’inscription dit beaucoup:

Militaire retraité de la République, de l’Empire, médaillé de Sainte-Hélène, décédé le 12 mars 1870 à l’âge de 87 ans.

Michel Herbillon a à peine six ans lorsque la Révolution bouleverse le pays. À seize ans, il s’engage dans l’armée de la République. Il choisit la cavalerie légère — ces unités rapides et nerveuses, chargées de la reconnaissance, de l’escarmouche, parfois des charges éclairs. Il devient chasseur à cheval dans la compagnie d’élite du 7ᵉ régiment, l’un des corps d’élite de la cavalerie française.

Chasseur à cheval

Entre l’an VIII (1799–1800) et 1807, il participe sans doute à plusieurs des campagnes du Consulat et des débuts de l’Empire. Peut-être l’Italie, peut-être l’Autriche ou la Prusse. Peut-être Austerlitz, Iéna ou Eylau. Les archives n’ont pas conservé sa trace, mais la mémoire, elle, s’est ancrée dans la pierre.

Après 1807, il quitte l’armée. Il a autour de 24 ans. Rentré à la vie civile, il porte en lui l’épopée — la poussière des plaines, les sabots des chevaux, les bivouacs, les victoires. Les années passent. Les régimes se succèdent. Il voit tomber Napoléon, revenir les rois, renaître les révolutions. En 1857, l’Empereur Napoléon III crée la médaille de Sainte-Hélène, pour tous ceux qui ont servi la France sous l’Empire. Michel la reçoit. Discrète médaille de bronze, au ruban vert et rouge. Elle dit l’honneur, la fidélité. Il a été Concierge de la Préfecture de Bar le Duc et Garçon de bureau à la Préfecture.

Il meurt en 1870, à 87 ans, quelques mois avant que la guerre n’éclate à nouveau. Un dernier soldat de la République et de l’Empire, ancré dans sa terre, et honoré par les siens.

Médaille de Sainte-Hélène

6.3 Louis Eugène Gillet (1810–1885)

Un homme barisien, employé sous la Monarchie de Juillet, père d’une fratrie marquée par les aléas du XIXe siècle.

Né un samedi d’été, le 25 août 1810, à Bar-le-Duc, Louis Eugène Gillet est issu d’une lignée modeste. Son père, Nicolas François Gillet (1780–1858), et sa mère, Marie Barbe Muel (née en 1778), lui donnent une éducation dans le sillage de la Révolution et du Premier Empire. Il a une sœur aînée, Marie Jeanne, et une cadette, Laurence Françoise.

À 25 ans, il épouse Antoinette Vicaire, mais celle-ci décède prématurément — avant 1838. L’année suivante, il se remarie avec Barbe Marie Elisa Herbillon, issue elle aussi d’une famille bien implantée à Bar-le-Duc. Ensemble, ils auront au moins six enfants, dont trois meurent en bas âge.

Deux figures se détachent dans cette fratrie :

  • Marie Berthe Gillet, née en 1852 est la grand mère qui a élevé Marie-Thérèse Anchier, ma grand mère.
  • Marie Auguste Gillet, né en 1855, est le dernier enfant connu du couple. Il vivra jusqu’en 1935, traversant l’Empire, la République, deux guerres, les débuts de la modernité. À lui seul, il prolonge la mémoire familiale dans un siècle radicalement différent de celui de son père.

Louis Eugène meurt à 75 ans, le 9 décembre 1885, dans sa ville natale. Son parcours — deux mariages, six enfants, des deuils précoces — s’inscrit dans la vie ordinaire et silencieuse des petites gens du XIXe siècle. Mais à travers Marie Berthe et Marie Auguste, il transmet une lignée, une persistance, une mémoire.

6.4 Marie Auguste Gillet (1855-1935)

Marie Auguste Gillet s’engage volontairement le 31 janvier 1876 à Bar-le-Duc. À peine quelques jours plus tard, le 2 février, il rejoint son régiment, où il est immatriculé sous le numéro 2662. Sa progression est rapide : caporal en novembre de la même année, sergent à l’automne suivant, en octobre 1877. Il entre dans la réserve le 31 janvier 1881, après un congé débuté en septembre 1880.

Comme beaucoup d’hommes de son temps, il poursuit son engagement au sein de l’armée de réserve : il accomplit une première période d’exercice du 23 août au 19 septembre 1882, suivie d’une seconde période d’instruction, au 133ᵉ régiment d’infanterie, du 25 août au 21 septembre 1884.

Mais il ne s’en tient pas à la réserve : il réintègre pleinement les rangs de l’armée. Le 30 novembre 1890, sur décision du général commandant le 7ième corps d’armée, il est nommé adjudant — une reconnaissance officielle de ses années de service, de sa discipline, de sa constance.