4  Alfred Ambroise (1861- ), Catherine Hissette (1868- ) et leurs enfants

Alfred Ambroise (1861- ), Catherine Hissette (1868- )

4.1 Le couple Alfred Ambroise et Catherine Hissette

Henry Hissette, né en 1827, s’installe à Montmédy, dans la Meuse, où il devient cultivateur avec son épouse Élisabeth Koch, originaire d’Anzeling. Ensemble, ils auront neuf enfants, dont Catherine, née en 1868. La famille Hissette est alsacienne (His(s)ette 2023), originaire dans villages d’Anzeling et de Freistroff, où l’on retrouve dès le début du XVIIIe siècle François Hissette, né vers 1683–84, cordonnier de son état. C’est là qu’il épouse Anne Sabé (ou Annam Sabée) dans les premières années du siècle.

Petit clin d’œil à l’histoire familiale : Mathias Hissette, demi-frère d’Henry, né en 1822, embrasse une tout autre voie. Après des études de pharmacie, il reprend la célèbre pharmacie du Grand Cerf, place de la Cathédrale à Strasbourg — l’une des plus anciennes officines de France.

Pendant ce temps, à Montmédy également, vit Alfred Ambroise, fils de Julienne la lingère. Né à Paris, dans le 14e arrondissement, rien ne permet de comprendre clairement ce qui l’a mené jusque dans la Meuse. Placement ? Travail ? Coïncidence ? Toujours est-il qu’on le retrouve là, ouvrier d’usine, comme tant d’autres, et qu’il y rencontre Catherine Hissette. De leur union naissent deux garçons, Alfred (1885) et Albert (1886), avant leur mariage officiel célébré à Jametz, près de Montmédy. Ce mariage reconnaîtra les deux premiers enfants, nés hors mariage (voir l’acte de mariage). Le couple donnera ensuite naissance à trois autres garçons : Léon (1890), Henri (1891) et Arthur (1898).

Carte élargie de la région Lorraine avec Montmédy, Jametz et Mont‑Saint‑Martin

La famille Ambroise–Hissette semble s’être installée à Mont‑Saint‑Martin et dans les environs dans la première moitié du XXᵉ siècle. On y retrouve notamment Alfred Ambroise et Catherine Hissette, dont le foyer familial, après le décès de Catherine, est au cœur d’un événement judiciaire local. Une partie de la fratrie Ambroise, composée notamment d’Albert, Henri, Léon et Jeanne, a vraisemblablement réclamé la vente par licitation de la maison située rue Victor‑Hugo à Mont‑Saint‑Martin—biens faisant partie de la communauté entre Alfred Ambroise et Catherine Hissette, décédée —afin d’en répartir l’héritage. L’opération, actée suite à un jugement autorisant cette démarche, s’est tenue le 24 janvier 1920 (voir l’article de l’est républicain). Cette initiative visait à permettre aux héritiers demandeurs de réclamer leur part du patrimoine familial, en obtenant une indemnité tenant compte également des dommages de guerre.

Notons que Jean Ambroise (mon grand père) et André Ambroise son frère, apparaisent dans le jugement. Ils avant respectivement 6 et 5 ans à l’époque.

4.2 Les 5 fils d’Alfred et Catherine

Les cinq fils Ambroise — Alfred, Albert, Léon, Henri et Arthur — ont traversé la Grande Guerre de 1914–1918, et leurs dossiers militaires offrent un précieux aperçu de leur parcours de vie.

4.2.1 Les métiers des fils Ambroise au sortir de la guerre

En 1920, les fils Ambroise exercent des métiers divers, majoritairement liés à l’industrie locale :

  • Albert Ambroise, débardeur à Frouard, est un ouvrier de manutention chargé de charger et décharger des marchandises, notamment dans les zones industrielles, sûrement dans la sidérurgie.
  • Alfred et Henri Ambroise, ouvriers d’usine à Mont‑Saint‑Martin, travaillent probablement dans la sidérurgie locale, cœur industriel de la région.
  • Léon Ambroise, dégrossisseur à Hayange (cantine Saint‑Jacques, n°45), intervient sur machines de laminoir: il élimine les parties grossières des métaux.
  • Arthur Ambroise est mort en 1914. Il était employé de bureau, un poste administratif, signe d’une diversification professionnelle au sein de la fratrie.

Ce panorama professionnel met en lumière la forte implication de la fratrie dans le monde industriel lorrain, tout en soulignant une ouverture successive vers des emplois de bureau avec Arthur, illustrant l’évolution sociale de la génération.

4.3 Alfred (fils) et Jeanne Fanny Bourgaux (1876-1964)

Jeanne Fanny Bourgaux et Alfred Ambroise

Alfred Ambroise (fils) épouse Jeanne Fanny Bourgaux le 20 septembre 1913, à Verdun. Il avait alors 28 ans et Jeanne 37 ans. Jeanne avait déjà connu une autre vie. Dix-huit ans plus tôt, en 1895, elle s’était mariée avec Émile Pierre Laurent, son aîné de 8 ans. De cette première union étaient nés trois enfants : Anne Marguerite, Adolphe Raymond et Lucie Henriette.

Qu’est ce qui mena à son remariage : divorce ou veuvage anticipé ? Émile Pierre Laurent serait décédé en 1921, à l’âge de 53 ans, soit huit ans après les noces de Jeanne avec Alfred. Si les dates sont exactes, alors un divorce semble plus probable — chose rare à l’époque, mais pas impossible. Jeanne aurait donc quitté un homme plus âgé pour se lier à un homme plus jeune, tout en assumant la charge de ses trois enfants. Alfred, quant à lui, accueillit cette famille recomposée avant d’avoir, avec Jeanne, deux fils : Jean (né en 1914) et André (né en 1915), à Mont-Saint-Martin. Jean et André ont pratiqué la gymnastique: je me souviens d’André racontant ses équilibres (appui tendu renversé), sur la cheminée d’une maison lors d’un spectacle, et de Jean, mon grand père, conseillant à mes parents la gymnastique au Bleus de Bar, là même où René s’était déjà exercé enfant, et cassé le poignet en réalisant un soleil sur la barre fixe.

Les souvenirs familiaux dressent de Jeanne agée un portrait rude. Elle vivait seule, recluse dans le petit logement du premier étage de la frande maison au 20 rue du Tribel. Pas de repas partagés, pas de fêtes de famille — même Noël semblait traversé par le silence. Jeanne restait distante, parfois acariâtre, jamais vraiment intégrée à la vie de ceux qui l’entouraient. Le souvenir de Christian, son petit-fils, la montre immobile dans la cuisine pendant que sa belle-fille s’active. Les fleurs n’avaient à ses yeux aucun intérêt : seuls les légumes méritaient d’occuper le jardin.

D’autres souvenirs viennent renforcer cette image de froideur sur ses vieux jours. Un accordéon joué pour elle dans le silence de ses soirées. Une crème anglaise sans paroles. Une gifle donnée à René pour un dessert mal remis. Et enfin, la dernière image : celle de Jeanne sur son lit de mort, à la maison du 20 rue du tribel à Bar-le-Duc, rassemblant une dernière fois ceux qui l’avaient si peu côtoyée de son vivant (voir le souvenir de Christian confirmé par René ).

Jeanne Fanny Bourgaux entourée de Christian, René, Marie-Thérèse et Jean Alfred (son fils) en 1960. Elle avait 84 ans

André et Jean Ambroise restèrent proches toute leur vie. André, installé à Paris, avait lui aussi divorcé et partageait désormais sa vie avec Lucie, une femme d’origine vietnamienne ou cambodgienne, probablement rencontrée lors de son service militaire en Indochine. Ancien militaire de carrière, il formait avec elle un couple uni, dont le bonheur tranchait avec les tensions qui marquaient le foyer de son frère.

À Bar-le-Duc, son caractère ne laissait pas indifférent : on le trouvait d’une économie parfois excessive, et certaines manies, comme ses bains pris à deux, exaspéraient Marie-Thérèse. Plus tard, établi à Cannes pour sa retraite, il accompagna Jean aux courses après bien des hésitations. Jean avait dû lui offrir le billet d’entrée. Ce jour-là, André gagna… mais, fidèle à lui-même, il remboursa scrupuleusement le prix du billet, pas davantage.

4.3.1 Souvenirs

NoteDescription de Jeanne Bourgaux par Christian, son petit fils

Jeanne Bourgaux habitait le petit logement au premier étage de la maison (du 20 rue du tribel), donnant sur la rue, plutôt seule, je n’ai pas de souvenirs d’un repas familial avec elle, par contre j’ai un souvenir très net dans lequel est elle assise dans la cuisine pendant que maman s’affaire, la discussion porte sur le jardin : pour maman, les fleurs sont essentielles dans ce jardin qu’elle soigne à la ville faute, pour ma grand-mère elles ne servent à rien , le seul intérêt est d’y planter des légumes…. incompatibilité totale des points de vues Des souvenirs de mon père passant des soirées chez sa mère, j’ai encore le son de l’accordéon dans la tête, il devait travailler ses morceaux de bals devant tout en la distrayant Un souvenir d’une crème anglaise qu’elle m’avait préparée, mais étrangement pas de dialogues avec elle, bien qu’elle était souriante Un dernier de rené se prenant une tarte car il avait porté un dessert, avait dit à mon père qu’il lui avait donné en mains propres alors qu’il l’avait déposé devant sa porte (René confirmera sans doute) et enfin, nous tous nous recueillant sur son lit de mort, puisqu’elle a pu mourir à la maison.