Développeur, mais pas chez moi
J’ai écrit une petite application pour mon iPhone. Quelques centaines de lignes, un besoin précis, le plaisir de fabriquer un outil à ma mesure avec Claude code. Je l’ai compilée, installée, elle fonctionnait. Puis, au bout de sept jours, elle a cessé de s’ouvrir. Ce n’était pas un bug. C’était Apple qui, faute d’abonnement développeur, avait révoqué à mon propre programme le droit de s’exécuter sur mon propre téléphone.
La règle : sans les 99 euros par an du programme développeur, une application que j’écris moi-même n’est signée que pour une semaine. Passé ce délai, il faut la réinstaller depuis un ordinateur, encore et encore, comme on renouvellerait un visa. J’ai relu la règle, incrédule. J’avais conçu l’objet, et je ne pouvais pas le garder sur ma machine sans payer un droit de séjour à son fabricant.
Sur iOS, écrire du code ne suffit à l’indépendance: il faut la permission d’Apple pour l’exécuter, sa signature pour le distribuer, sa boutique pour le partager. Le développeur, censé être celui qui maîtrise la machine, se retrouve locataire au même titre que l’utilisateur — simplement avec un loyer plus élevé. La technique devient un privilège concédé, révocable, tarifé.
Sur Android, j’ai installé ma propre application, sans abonnement, sans demander la permission à personne. Elle tourne. C’est précisément cette possibilité — écrire et exécuter son propre code sur son propre matériel — que les restrictions annoncées sur Android1 menacent de refermer.
La vraie compétence à défendre, aujourd’hui, n’est peut-être plus d’écrire du code, mais de garder le droit de le faire tourner.
Footnotes
La campagne Keep Android Open documente les mesures qui, à terme, rendraient l’installation d’applications hors boutique aussi contrainte que sur iOS.↩︎