Quitter la cage dorée
La semaine dernière, j’ai changé de téléphone. Je suis passé d’un iPhone à un samsung sous Android. Il a fallu déménager mon agenda (sur ), retrouver mon carnet d’adresses, rapatrier des années de photos, reconstruire une sauvegarde1, renoncer à des applications que je ne pourrais plus jamais réinstaller. J’ai alors mesuré une chose simple : je n’étais pas propriétaire de mes données, j’étais locataire.
L’enfermement n’est pas arrivé d’un coup. Il a commencé à la fin des années 80, quand j’ai acheté un Macintosh SE pour ma mère. La machine était belle, simple, immédiatement utilisable. Je suis resté fidèle à cette facilité pendant trente ans, sans voir qu’à chaque nouvel appareil, à chaque service activé « pour simplifier », je resserrais un peu plus le lien. iCloud gardait mes photos, Contacts gérait mes proches, Calendrier organisait mes journées. Tout fonctionnait, et c’est précisément parce que tout fonctionnait que je ne posais aucune question.
La facilité était réelle. La dépendance aussi. Un système fermé ne retient pas par la contrainte mais par le confort: sortir coûte trop cher, alors on reste. Changer m’a obligé à extraire mon emploi du temps d’un format qui n’appartenait qu’à Apple, à démêler ma sauvegarde iCloud, à convertir des photos rangées dans une bibliothèque conçue pour ne pas en sortir. J’ai tout réorganisé. Ce n’était pas seulement pénible : c’était instructif.
La souveraineté numérique n’est pas une abstraction. C’est la question de savoir qui décide de ce que je peux faire avec mes propres appareils et mes propres données. Et le danger ne vient plus seulement d’Apple. Il vient de toutes les grandes entreprises qui construisent des jardins clos et nous invitent à nous y installer. Google est aujourd’hui en première ligne, avec sa décision de fermer progressivement Android2 — un système ouvert destiné au grand public, celui-là même vers lequel je venais de m’échapper.
La vraie question n’est pas Apple contre Google. La question c’est rester quelqu’un qui possède ses outils, ou devenir quelqu’un que ses outils possèdent.
Footnotes
J’ai quitté l’écosystème iPhoto pour héberger mes photos sur un NAS Synology, via Synology Photos. Dans la même logique, mes contacts et mon agenda ne vivent plus chez un fournisseur tiers : ils sont désormais synchronisés sur mon propre serveur, ambroise.cloud. Le tout est sauvegardé sur le NAS, chez moi. Résultat : mes souvenirs, mes rendez-vous et mon carnet d’adresses restent privés, accessibles partout, et sous mon seul contrôle.↩︎
Voir la campagne Keep Android Open, qui alerte sur les restrictions imposées à l’installation d’applications hors des canaux officiels.↩︎