Analyse en composantes principales

Cours 9 — Modèles en biologie

Christophe Ambroise

L3 GBI — Université d’Évry

Acquis des cours précédents

Entropie et information

\(H(\mathbf{p}) = -\sum_i p_i \log_2 p_i\) : incertitude d’une loi, maximale pour la loi uniforme.

Loi normale : à variance fixée, entropie maximale ; garder de la variance, c’est garder de l’information.

Loi jointe comme matrice

Loi jointe \(J\) ; marges \(J\,\mathbf{1}\) et \(J^T \mathbf{1}\) ; indépendance \(J = \mathbf{p}\,\mathbf{q}^T\), de rang 1.

Information mutuelle : \(I(X ; Y) = H(X) + H(Y) - H(X, Y)\), nulle si et seulement si indépendance.

Matrice de covariance

\[ S = \frac{1}{n}\, X_c^T X_c, \qquad S^T = S, \qquad \operatorname{tr}(S) = \sum_j s_j^2 = I \]

Matrice des corrélations : \(R = \frac{1}{n}\, Z^T Z\), variables réduites.

Variance projetée

Axe unitaire \(\mathbf{u}\) : coordonnées \(X_c\,\mathbf{u}\), variance projetée \(\mathbf{u}^T S\, \mathbf{u}\).

Kleiber : maximum \(1{,}684\) vers 37°, sur une inertie de \(1{,}685\).

Question laissée ouverte : quel axe maximise \(\mathbf{u}^T S\, \mathbf{u}\) ?

Axe de variance maximale

Axe de variance maximale

Parmi les axes unitaires, celui de variance projetée maximale est dirigé par un vecteur propre de \(S\) ; la variance maximale est la plus grande valeur propre.

\[ \max_{\lVert \mathbf{u} \rVert = 1} \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u} = \lambda_1, \qquad \text{atteint pour } S\,\mathbf{u}_1 = \lambda_1\, \mathbf{u}_1 \]

Démontré ici en dimension 2 ; admis en dimension \(p\).

Directions conservées par une matrice

Vecteur propre (C3) : \(A\mathbf{v} = \lambda\mathbf{v}\), \(\mathbf{v} \neq \mathbf{0}\). Canal ionique : \(\pi\) et \((1, -1)\), vérifiés, jamais cherchés.

\(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\)

\(A(1, 1) = 3\,(1, 1)\)

\(A(1, -1) = 1\,(1, -1)\)

Vecteur propre : une direction que la matrice ne fait pas tourner.

Gris : vecteurs unitaires \(\mathbf{u}\). Bleu : leurs images \(A\mathbf{u}\). Orange : les deux directions conservées.

Vecteur propre et système homogène

\[ A\mathbf{v} = \lambda\mathbf{v} \iff (A - \lambda I)\,\mathbf{v} = \mathbf{0} \]

Un système homogène (C3) : toujours la solution \(\mathbf{v} = \mathbf{0}\). Un vecteur propre existe si et seulement s’il reste une variable libre (C2).

\(\lambda = 3\) : \(\ A - 3I = \begin{pmatrix} -1 & 1 \\ 1 & -1 \end{pmatrix}\), lignes proportionnelles, \(v_2\) libre : \(\mathbf{v} = (1, 1)\).

\(\lambda = 2\) : \(\ A - 2I = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 1 & 0 \end{pmatrix}\), seule solution \(\mathbf{0}\) : 2 n’est pas valeur propre.

Pivot et lignes proportionnelles

\(M = \begin{pmatrix} p & q \\ r & s \end{pmatrix}\), \(\ p \neq 0\) : \(\ L_2 \leftarrow L_2 - \dfrac{r}{p}\, L_1\).

\[ \begin{pmatrix} p & q \\ r & s \end{pmatrix} \ \longrightarrow\ \begin{pmatrix} p & q \\ 0 & \dfrac{ps - qr}{p} \end{pmatrix} \]

\(p = 0\) : échanger les deux lignes, même critère.

Critère Ligne nulle, donc variable libre, si et seulement si \(ps - qr = 0\).

Déterminant \(2 \times 2\)

Le nombre qui décide si le pivot laisse une ligne nulle.

\[ \det \begin{pmatrix} p & q \\ r & s \end{pmatrix} = ps - qr \]

\(\det M \neq 0\) : solution unique ; pour un système homogène, la seule solution \(\mathbf{0}\). \(\ \det M = 0\) : colonnes colinéaires, une variable libre.

\(\det \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix} = 3\), \(\quad \det \begin{pmatrix} 1 & 2 \\ 2 & 4 \end{pmatrix} = 0\).

Équation des valeurs propres

\(\lambda\) est une valeur propre quand \(A - \lambda I\) laisse une variable libre.

\[ \det(A - \lambda I) = (a - \lambda)(d - \lambda) - bc = \lambda^2 - \operatorname{tr}(A)\,\lambda + \det(A) = 0 \]

\(A = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 1 & 2 \end{pmatrix}\) : \(\ \lambda^2 - 4\lambda + 3 = 0\), \(\ \lambda = 1\) ou \(\lambda = 3\) : les deux directions de la figure.

Méthode : les valeurs propres par cette équation, puis chaque vecteur propre par le pivot de Gauss.

Variance projetée en dimension 2

\(\mathbf{u} = (\cos \theta, \sin \theta)\), \(\ S = \begin{pmatrix} a & b \\ b & d \end{pmatrix}\) :

\[ \begin{aligned} \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u} &= a \cos^2 \theta + 2b \cos \theta \sin \theta + d \sin^2 \theta \\ &= \tfrac{a + d}{2} + \tfrac{a - d}{2} \cos 2\theta + b \sin 2\theta \end{aligned} \]

Cauchy-Schwarz (C4) sur \(\bigl(\tfrac{a-d}{2}, b\bigr) \cdot (\cos 2\theta, \sin 2\theta)\) :

\[ \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u} \ \le\ \tfrac{a + d}{2} + \sqrt{\bigl(\tfrac{a - d}{2}\bigr)^2 + b^2} \]

avec égalité pour une direction \(\theta\) bien choisie.

Plus grande valeur propre, variance maximale

\(S = \begin{pmatrix} a & b \\ b & d \end{pmatrix}\) : \(\ \lambda^2 - (a + d)\,\lambda + (ad - b^2) = 0\).

\[ \lambda_1 = \frac{a + d}{2} + \sqrt{\Bigl(\frac{a + d}{2}\Bigr)^2 - (ad - b^2)} = \frac{a + d}{2} + \sqrt{\Bigl(\frac{a - d}{2}\Bigr)^2 + b^2} \]

Exactement le maximum obtenu par Cauchy-Schwarz.

Axe de variance maximale Le vecteur propre de la plus grande valeur propre.

Valeurs propres de Kleiber

\[ S = \begin{pmatrix} 1{,}071 & 0{,}810 \\ 0{,}810 & 0{,}614 \end{pmatrix}, \qquad \operatorname{tr}(S) = 1{,}685, \qquad \det(S) \approx 0{,}0021 \]

\[ \lambda_1 \approx 1{,}684, \qquad \lambda_2 \approx 0{,}0013 \]

Le maximum et le minimum de la courbe du C8.

Vecteur propre par le pivot de Gauss

\[ S - \lambda_1 I = \begin{pmatrix} -0{,}613 & 0{,}810 \\ 0{,}810 & -1{,}070 \end{pmatrix} \]

\(L_2 \leftarrow L_2 + \tfrac{0{,}810}{0{,}613}\, L_1\) : ligne nulle, \(u_2\) libre (C2, C3).

\(-0{,}613\, u_1 + 0{,}810\, u_2 = 0\) : \(\ u_2 = 0{,}757\, u_1\). Normé : \(\mathbf{u}_1 = (0{,}797 ;\ 0{,}603)\), un axe à 37°.

Axes principaux orthogonaux

Pour une matrice symétrique : valeurs propres réelles, vecteurs propres de valeurs propres distinctes orthogonaux.

\[ S^T = S,\ \ S\mathbf{u}_k = \lambda_k \mathbf{u}_k,\ \ S\mathbf{u}_l = \lambda_l \mathbf{u}_l, \ \ \lambda_k \neq \lambda_l \ \Longrightarrow\ \mathbf{u}_k \perp \mathbf{u}_l \]

Admis. Covariance : valeurs propres positives ou nulles.

Kleiber : \(\mathbf{u}_2 = (-0{,}603 ;\ 0{,}797) \perp \mathbf{u}_1\).

Valeurs propres et inertie

La somme des valeurs propres est la trace : l’inertie se répartit entre les axes principaux.

\[ \lambda_1 + \dots + \lambda_p = \operatorname{tr}(S) = I \]

Kleiber : \(1{,}684 + 0{,}001 = 1{,}685\). Part d’inertie de l’axe \(k\) : \(\lambda_k / \operatorname{tr}(S)\).

ACP normée

ACP normée

Variables réduites (C5) : matrice des corrélations au lieu de la matrice de covariance.

\[ R = \frac{1}{n}\, Z^T Z, \qquad \operatorname{tr}(R) = p \]

Changer d’unité ne change plus rien. Chaque variable pèse une inertie de 1.

Axes et composantes principales

Les axes principaux sont les vecteurs propres de \(R\) ; les composantes principales, les coordonnées des individus sur ces axes.

\[ R\,\mathbf{u}_k = \lambda_k\,\mathbf{u}_k \ \ (\lambda_1 \ge \dots \ge \lambda_p), \qquad \mathbf{c}_k = Z\,\mathbf{u}_k \in \mathbb{R}^n \]

Variance de \(\mathbf{c}_k\) : \(\lambda_k\). Composantes non corrélées : \(\ \mathbf{u}_k^T R\,\mathbf{u}_l = \lambda_l\, \mathbf{u}_k \cdot \mathbf{u}_l = 0\).

Les crabes

200 crabes Leptograpsus : deux formes (bleue, orange), deux sexes, 50 par groupe.

Mesure (mm) FL RW CL CW BD
lobe frontal largeur arrière longueur carapace largeur carapace épaisseur

ACP normée sur les 5 mesures ; forme et sexe gardés à part.

Campbell et Mahon, Australian Journal of Zoology, 1974 ; jeu crabs du paquet R MASS.

Parts d’inertie

Axe 1 2 3 4 5
\(\lambda_k\) 4,79 0,15 0,05 0,01 0,002
Part (%) 95,8 3,0 0,9 0,2 0,03
Cumul (%) 95,8 98,8 99,7 99,97 100

Somme des \(\lambda_k\) : \(p = 5\). Un premier axe écrasant.

Éboulis des valeurs propres

Choisir le nombre d’axes : coude de l’éboulis, ou \(\lambda_k > 1\) (au-dessus d’une variable). Ici, un seul axe retenu : un piège.

Nuage des individus

Plan principal des crabes

Axe 1 : des petits aux grands crabes. Axe 2 : femelles en haut, mâles en bas.

Échelles différentes sur les deux axes. Forme et sexe : non utilisés dans le calcul.

Coordonnées d’un individu

Coordonnée de l’individu \(i\) sur l’axe \(k\) : le produit scalaire de son vecteur réduit avec l’axe (C4).

\[ c_{ik} = \mathbf{z}_i \cdot \mathbf{u}_k \]

Crabe 51 (forme bleue, femelle) : \(c_{i1} = -5{,}39\), le plus à gauche : le plus petit crabe.

Qualité de représentation

La part du carré de la distance au centre conservée par la projection : le carré du cosinus de l’angle entre l’individu et son projeté (C4).

\[ \cos^2_{ik} = \frac{c_{ik}^2}{\lVert \mathbf{z}_i \rVert^2}, \qquad \cos^2_{i,\,\text{plan}} = \cos^2_{i1} + \cos^2_{i2} \in [0, 1] \]

Crabe 51 : \(\cos^2 = 1{,}00\) sur le plan. Crabe 123 (forme orange, mâle) : \(0{,}47\), avec \(\lVert \mathbf{z}_i \rVert^2 = 0{,}13\), tout près du centre.

Piège de lecture

Deux individus proches sur le plan : proches dans \(\mathbb{R}^p\) seulement s’ils sont bien représentés.

Crabes : \(\cos^2\) médian \(0{,}98\) sur le plan ; 5 % des crabes sous \(0{,}76\), tous près du centre.

Règle Vérifier le \(\cos^2\) avant d’interpréter une proximité sur le plan.

Contribution d’un individu

La part de l’inertie d’un axe apportée par un individu.

\[ \operatorname{ctr}_{ik} = \frac{c_{ik}^2}{n\,\lambda_k}, \qquad \sum_{i=1}^{n} \operatorname{ctr}_{ik} = 1 \]

Contribution moyenne : \(1/n = 0{,}5\,\%\). Crabe 51 : \(3{,}0\,\%\) de l’axe 1. Crabe 183 (forme orange, femelle) : \(2{,}5\,\%\) de l’axe 2.

Une contribution forte et isolée : un axe construit par un seul individu, à surveiller.

Éléments supplémentaires

Variables supplémentaires : forme et sexe, non utilisés dans le calcul, révélés par les couleurs du plan.

Individus supplémentaires : réduits avec les moyennes et écarts-types du jeu, puis projetés, \(\mathbf{z} \cdot \mathbf{u}_k\), sans modifier les axes.

Nuage des variables

Variables, vecteurs de \(\mathbb{R}^n\)

Lecture par colonnes (C8) : la variable réduite \(\mathbf{z}^j \in \mathbb{R}^n\), de norme \(\sqrt{n}\).

Corrélation de deux variables : le cosinus de leurs vecteurs (C5).

Coordonnée d’une variable

La coordonnée d’une variable sur un axe : sa corrélation avec la composante principale.

\[ r\bigl(\mathbf{z}^j, \mathbf{c}_k\bigr) = \sqrt{\lambda_k}\; u_{jk} \]

Démonstration : \(\ \operatorname{cov}(\mathbf{z}^j, \mathbf{c}_k) = \frac{1}{n}\,(Z^T Z\,\mathbf{u}_k)_j = (R\,\mathbf{u}_k)_j = \lambda_k u_{jk}\) ; variances \(1\) et \(\lambda_k\). \(\quad \square\)

Cercle des corrélations

Lecture du cercle

Flèche proche du cercle : variable bien représentée sur le plan, \(\cos^2 = r_{j1}^2 + r_{j2}^2\). Crabes : de \(0{,}98\) à \(1\).

Deux flèches bien représentées : l’angle entre elles traduit leur corrélation (cosinus, C4 et C5). Flèches groupées : variables corrélées.

Direction d’une flèche : le sens de l’axe. Axe 1 : toutes les mesures vers la droite.

Contributions des variables

Contribution de la variable \(j\) à l’axe \(k\) : \(u_{jk}^2\), de somme 1 sur les variables.

FL RW CL CW BD
Axe 1 (%) 20,4 18,3 20,5 20,4 20,4
Axe 2 (%) 1,9 80,7 7,2 3,3 7,0

Lecture des axes Axe 1 : toutes les mesures, à parts presque égales. Axe 2 : la largeur arrière.

Individus et variables ensemble

Axe 2 : RW du côté positif, femelles du côté positif.

À taille égale, les femelles ont une largeur arrière plus grande : l’abdomen qui porte les œufs.

Interpréter un axe : croiser le cercle des corrélations et le plan des individus.

Effet taille

Corrélations toutes fortes

FL RW CL CW BD
FL 1 0,91 0,98 0,96 0,99
RW 0,91 1 0,89 0,90 0,89
CL 0,98 0,89 1 0,99 0,98
CW 0,96 0,90 0,99 1 0,97
BD 0,99 0,89 0,98 0,97 1

Un grand crabe est grand sur toutes les mesures.

Premier axe, facteur de taille

Coefficients de \(\mathbf{u}_1\) : \(0{,}43\) à \(0{,}45\), tous positifs. La composante \(\mathbf{c}_1\) : presque la somme des mesures réduites.

Facteur commun L’axe 1 mesure la taille. Il porte 95,8 % de l’inertie sans rien dire de la forme.

Moyennes sur l’axe 1 : forme orange plus grande que la forme bleue ; la taille mélange espèce et croissance.

Axe 2, le sexe

Moyennes des groupes sur l’axe 2 :

femelles mâles
forme bleue 0,29 −0,28
forme orange 0,38 −0,39

3 % de l’inertie, une séparation nette des sexes : la forme de l’abdomen.

Axe 3, la forme

0,9 % de l’inertie : les deux formes se séparent. Coefficients : CW \(-0{,}65\), FL \(0{,}53\), BD \(0{,}44\), une forme de carapace.

Remèdes à l’effet taille

Face à un facteur commun évident Ne pas conclure à une seule dimension. Interpréter les axes suivants. Ou retirer la taille avant l’ACP : logarithmes des mesures, moins leur moyenne par individu.

Critère \(\lambda_k > 1\) : un seul axe retenu, et l’information biologique perdue.

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Gènes et géographie

ACP de 500 000 SNP sur 3 000 Européens : le plan des axes 1 et 2 dessine la carte.

Novembre et al., Nature, 2008.

Faible part d’inertie, structure nette

500 000 variables, beaucoup de variations individuelles : chaque axe ne porte qu’une faible part de l’inertie.

Même leçon que l’axe 3 des crabes Une part d’inertie faible n’empêche pas une structure biologique nette.

Grille de lecture

Grille de lecture d’une ACP

Cinq étapes

  1. Valeurs propres, parts d’inertie, éboulis.
  2. Cercle des corrélations : variables bien représentées, sens des axes.
  3. Individus : \(\cos^2\) avant toute proximité, contributions.
  4. Facteur commun évident ? Effet taille, axes suivants.
  5. Éléments supplémentaires : ce que l’ACP retrouve sans l’avoir reçu.

Limites de l’ACP

Des liens linéaires seulement : la parabole du C8, \(r = 0\), reste invisible.

Une grande variance n’est pas forcément la question biologique : la taille des crabes.

ACP normée ou non : un choix, qui décide du poids de chaque variable.