Variance, covariance, corrélation dans \(\mathbb{R}^p\)

Cours 8 — Modèles en biologie

Christophe Ambroise

L3 GBI — Université d’Évry

Acquis des cours précédents

Centre de gravité et inertie

\[ \mathbf{g} = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} \mathbf{x}_i, \qquad I = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} \lVert \mathbf{x}_i - \mathbf{g} \rVert^2 = \sum_{j=1}^{p} s_j^2 \]

Huygens : \(I = W + B\), inertie intra-classe plus inertie inter-classe.

k-means et classification hiérarchique

k-means : affectation au centre le plus proche, recentrage ; \(W\) décroît jusqu’à stabilité.

Classification ascendante hiérarchique : fusions successives, dendrogramme ; UPGMA pour les arbres phylogénétiques.

Entropie et information

\[ H(\mathbf{p}) = -\sum_{i=1}^{K} p_i \log_2 p_i, \qquad 0 \le H \le \log_2 K \]

Contenu en information d’une position : \(R = 2 - H\). Information mutuelle : \(I(X ; Y) = H(X) + H(Y) - H(X, Y)\).

Loi jointe comme matrice

Loi jointe de deux positions : une matrice \(J\) ; marges \(J\,\mathbf{1}\) et \(J^T \mathbf{1}\).

Indépendance : \(J = \mathbf{p}\,\mathbf{q}^T\), une colonne fois une ligne, matrice de rang 1.

Le tableau de données

Matrice des données

\(n\) individus, \(p\) variables : une matrice \(X\) de taille \(n \times p\).

Lecture par lignes : l’individu \(i\), un point \(\mathbf{x}_i \in \mathbb{R}^p\). Un nuage de \(n\) points.

Lecture par colonnes : la variable \(j\), un vecteur \(\mathbf{x}^j \in \mathbb{R}^n\). Un nuage de \(p\) vecteurs.

Centre de gravité

Le vecteur des moyennes des variables.

\[ \mathbf{g} = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} \mathbf{x}_i = \frac{1}{n}\, X^T \mathbf{1}, \qquad g_j = \bar{x}_j \]

Un produit matrice-vecteur : la somme des lignes de \(X\), divisée par \(n\).

Matrice centrée

Retirer à chaque individu le centre de gravité.

\[ X_c = X - \mathbf{1}\,\mathbf{g}^T \]

\(\mathbf{1}\,\mathbf{g}^T\) : \(n\) lignes toutes égales à \(\mathbf{g}^T\), une matrice de rang 1 (C7).

\(X_c^T \mathbf{1} = X^T \mathbf{1} - \mathbf{g}\,(\mathbf{1}^T \mathbf{1}) = n\,\mathbf{g} - n\,\mathbf{g} = \mathbf{0}\) : colonnes centrées, orthogonales à \(\mathbf{1}\).

Un petit tableau

Quatre individus, deux variables :

\[ X = \begin{pmatrix} 2 & 1 \\ 4 & 3 \\ 6 & 2 \\ 8 & 6 \end{pmatrix}, \qquad \mathbf{g} = \begin{pmatrix} 5 \\ 3 \end{pmatrix}, \qquad X_c = \begin{pmatrix} -3 & -2 \\ -1 & 0 \\ 1 & -1 \\ 3 & 3 \end{pmatrix} \]

Tableau illustratif.

Variance et covariance

Variance d’une variable

\[ s_j^2 = \frac{1}{n}\,\lVert \mathbf{x}^j_c \rVert^2 = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} (x_{ij} - \bar{x}_j)^2 \]

Carré de l’écart-type du C5 ; somme des variances = inertie (C6).

Petit tableau : \(s_1^2 = \tfrac14\,(9 + 1 + 1 + 9) = 5\), \(\ s_2^2 = \tfrac14\,(4 + 0 + 1 + 9) = 3{,}5\).

Covariance

La moyenne des produits des écarts à la moyenne de deux variables : un produit scalaire de vecteurs centrés.

\[ s_{jk} = \frac{1}{n}\, \mathbf{x}^j_c \cdot \mathbf{x}^k_c = \frac{1}{n} \sum_{i=1}^{n} (x_{ij} - \bar{x}_j)(x_{ik} - \bar{x}_k) \]

\(s_{jj} = s_j^2\) : la covariance d’une variable avec elle-même est sa variance.

Petit tableau : \(s_{12} = \tfrac14\,\bigl(6 + 0 - 1 + 9\bigr) = 3{,}5\).

Signe de la covariance

Positive : les deux variables s’écartent de leur moyenne dans le même sens. Négative : en sens contraires.

Données simulées, centrées sur les axes.

Covariance et unités

Kleiber, unités brutes : masse et métabolisme.

Masse en kg : \(s_{12} \approx 394\,493\) kg·kcal/jour. \(\quad\) Masse en g : \(1\,000\) fois plus.

Unités Covariance : l’unité du produit des deux variables ; sa valeur dépend des unités choisies.

Corrélation

Corrélation

La covariance divisée par le produit des écarts-types : le cosinus des vecteurs centrés (C5).

\[ r_{jk} = \frac{s_{jk}}{s_j\, s_k} = \frac{\mathbf{x}^j_c \cdot \mathbf{x}^k_c} {\lVert \mathbf{x}^j_c \rVert\, \lVert \mathbf{x}^k_c \rVert} \in [-1, 1] \]

Variables non constantes : \(s_j > 0\), \(s_k > 0\).

Petit tableau : \(r_{12} = \dfrac{3{,}5}{\sqrt{5 \times 3{,}5}} \approx 0{,}84\).

Invariance par changement d’unité

Multiplier une variable par \(a > 0\) : covariance et écart-type multipliés par \(a\), corrélation inchangée.

Kleiber, unités brutes : \(r \approx 0{,}984\), masse en kg comme en g.

Kleiber, logarithmes : \(r \approx 0{,}998\), un nuage presque aligné.

Limites de la corrélation

\(\mathbf{x} = (-2, -1, 0, 1, 2)\), \(\ \mathbf{y} = (4, 1, 0, 1, 4)\) : \(y_i = x_i^2\).

\(\bar{y} = 2\), \(\ \mathbf{y}_c = (2, -1, -2, -1, 2)\) : \(\ \mathbf{x}_c \cdot \mathbf{y}_c = -4 + 1 + 0 - 1 + 4 = 0\), donc \(r = 0\).

Corrélation nulle Pas de lien linéaire, et non pas absence de lien : ici \(y\) est entièrement déterminé par \(x\). L’information mutuelle (C7) détecte cette dépendance.

Matrice de covariance

Matrice de covariance

La matrice des covariances de toutes les paires de variables.

\[ S = \frac{1}{n}\, X_c^T X_c, \qquad S_{jk} = s_{jk} \]

Coefficients : produits scalaires des colonnes de \(X_c\), comme \(X^T X\) dans les équations normales du C4.

Symétrie et diagonale

\[ S^T = \frac{1}{n}\,\bigl(X_c^T X_c\bigr)^T = \frac{1}{n}\, X_c^T X_c = S \]

Transposée d’un produit : \((AB)^T = B^T A^T\) (C3).

Diagonale : les variances. Petit tableau :

\[ S = \begin{pmatrix} 5 & 3{,}5 \\ 3{,}5 & 3{,}5 \end{pmatrix} \]

Trace et inertie

La trace d’une matrice carrée : la somme de ses coefficients diagonaux. Pour \(S\), la somme des variances, c’est-à-dire l’inertie du nuage.

\[ \operatorname{tr}(S) = \sum_{j=1}^{p} s_{jj} = \sum_{j=1}^{p} s_j^2 = I \]

Petit tableau : \(\operatorname{tr}(S) = 8{,}5\). \(\quad\) Kleiber, logarithmes :

\[ S = \begin{pmatrix} 1{,}071 & 0{,}810 \\ 0{,}810 & 0{,}614 \end{pmatrix}, \qquad \operatorname{tr}(S) = 1{,}685 \]

Matrice des corrélations

Les corrélations de toutes les paires de variables : la matrice de covariance des variables réduites.

\[ z_{ij} = \frac{x_{ij} - \bar{x}_j}{s_j}, \qquad R = \frac{1}{n}\, Z^T Z, \qquad R_{jk} = r_{jk} \]

Diagonale de 1 ; aucune unité (réduction du C5).

Corrélations des iris

Long. sépale Larg. sépale Long. pétale Larg. pétale
Long. sépale 1 −0,12 0,87 0,82
Larg. sépale −0,12 1 −0,43 −0,37
Long. pétale 0,87 −0,43 1 0,96
Larg. pétale 0,82 −0,37 0,96 1

Longueur et largeur des pétales : \(r = 0{,}96\). Largeur des sépales : corrélée négativement aux trois autres mesures.

150 iris, quatre mesures en cm ; jeu iris de R (Anderson, 1935).

Projection du nuage sur un axe

Coordonnées sur un axe

Axe dirigé par \(\mathbf{u}\) unitaire : coordonnées des \(n\) individus centrés (C4).

\[ \mathbf{c} = X_c\,\mathbf{u} \in \mathbb{R}^n \]

Moyenne nulle : \(\ \frac{1}{n}\,\mathbf{1}^T X_c\,\mathbf{u} = \frac{1}{n}\,\bigl(X_c^T \mathbf{1}\bigr)^T \mathbf{u} = 0\).

Variance projetée

La variance des coordonnées sur un axe unitaire s’écrit avec la matrice de covariance.

\[ \frac{1}{n}\,\lVert X_c\,\mathbf{u} \rVert^2 = \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u}, \qquad \lVert \mathbf{u} \rVert = 1 \]

Démonstration : \(\ \frac{1}{n}\,(X_c \mathbf{u})^T (X_c \mathbf{u}) = \mathbf{u}^T \bigl(\tfrac{1}{n}\, X_c^T X_c\bigr) \mathbf{u} = \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u}\). \(\quad \square\)

\(\mathbf{u} = \mathbf{e}_j\) : \(\ \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u} = s_j^2\). Toujours \(\mathbf{u}^T S\, \mathbf{u} \ge 0\) : une variance.

Variance projetée selon l’angle

Kleiber, logarithmes : \(\mathbf{u} = (\cos \theta, \sin \theta)\).

\(\theta\) 0° 45° 90° 37° 127°
\(\mathbf{u}^T S\, \mathbf{u}\) 1,071 1,652 0,614 1,684 0,001

\(\theta = 0°\) : variance du log de la masse. \(\ \theta = 90°\) : variance du log du métabolisme.

Courbe de la variance projetée

Axes de plus grande et de plus petite variance

Orange : l’axe vers 37°, le long du nuage. Pointillés : l’axe perpendiculaire.

Deux axes orthogonaux

Sur deux axes orthogonaux du plan, les variances projetées s’additionnent et redonnent l’inertie.

\[ \mathbf{u} \perp \mathbf{v},\ \lVert \mathbf{u} \rVert = \lVert \mathbf{v} \rVert = 1 \ \Longrightarrow\ \mathbf{u}^T S\, \mathbf{u} + \mathbf{v}^T S\, \mathbf{v} = \operatorname{tr}(S) \]

\(\mathbf{u} = (c, s)\), \(\mathbf{v} = (-s, c)\), \(S = \begin{pmatrix} a & b \\ b & d \end{pmatrix}\) : \(\ (a c^2 + 2bcs + d s^2) + (a s^2 - 2bcs + d c^2) = a + d\). \(\quad \square\)

Kleiber : 30° et 120° donnent \(1{,}658 + 0{,}027 = 1{,}685\). En dimension \(p\), pour \(p\) axes orthogonaux : admis.

Question ouverte

Axe de variance maximale

Problème d’optimisation Trouver l’axe unitaire \(\mathbf{u}\) qui maximise \(\mathbf{u}^T S\, \mathbf{u}\).

Kleiber : un axe vers 37° porte \(1{,}684\) sur \(1{,}685\), soit \(99{,}9\,\%\) de l’inertie. Un nuage de \(\mathbb{R}^2\) presque réduit à une droite.

Pour un nuage de \(\mathbb{R}^p\) : quel axe, et quelle part d’inertie ?