Cours 6 — Algèbre linéaire et analyse de données
L3 GBI — Université d’Évry
Deux gènes, leurs profils d’expression dans \(n\) échantillons.
Ont-ils le même comportement ?
Rien dans les cours 1 à 5 ne permet de répondre.
Longueur, distance, angle.
Une seule opération suffit Le produit scalaire engendre à lui seul les trois notions.
\[\langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle = \sum_{i=1}^{n} x_i\, y_i = \mathbf{x}^{\intercal}\mathbf{y}\]
Deux vecteurs entrent, un nombre sort.
Notation également rencontrée : \(\mathbf{x} \cdot \mathbf{y}\).
\[\langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle = \langle \mathbf{y}, \mathbf{x} \rangle\] \[\langle \lambda\mathbf{x} + \mu\mathbf{x}', \mathbf{y} \rangle = \lambda\langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle + \mu\langle \mathbf{x}', \mathbf{y} \rangle\] \[\langle \mathbf{x}, \mathbf{x} \rangle \geqslant 0, \qquad \langle \mathbf{x}, \mathbf{x} \rangle = 0 \iff \mathbf{x} = \mathbf{0}\]
Symétrie, linéarité, positivité.
\[\|\mathbf{x}\| = \sqrt{\langle \mathbf{x}, \mathbf{x} \rangle} = \sqrt{x_1^2 + \dots + x_n^2}\]
La longueur du vecteur. En dimension 2, le théorème de Pythagore.
\(\|\mathbf{u}\| = 1\).
Tout vecteur non nul se normalise :
\[\mathbf{u} = \frac{\mathbf{x}}{\|\mathbf{x}\|}, \qquad \|\mathbf{u}\| = 1\]
La direction est conservée, la longueur ramenée à \(1\).
\[d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = \|\mathbf{x} - \mathbf{y}\| = \sqrt{\sum_{i=1}^{n} (x_i - y_i)^2}\]
La distance euclidienne, en dimension quelconque.
Théorème \[\bigl| \langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle \bigr| \leqslant \|\mathbf{x}\| \cdot \|\mathbf{y}\|\]
Égalité si et seulement si \(\mathbf{x}\) et \(\mathbf{y}\) sont colinéaires.
Pour \(\mathbf{x}, \mathbf{y}\) non nuls :
\[-1 \ \leqslant \ \frac{\langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle}{\|\mathbf{x}\|\,\|\mathbf{y}\|} \ \leqslant \ 1\]
Un nombre entre \(-1\) et \(1\).
\[\|\mathbf{x} + \mathbf{y}\| \leqslant \|\mathbf{x}\| + \|\mathbf{y}\|\]
Un détour n’est jamais plus court que la ligne droite.
Conséquence directe de Cauchy-Schwarz.
\[\cos \theta = \frac{\langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle}{\|\mathbf{x}\|\,\|\mathbf{y}\|}, \qquad \theta \in [0, \pi]\]
Cauchy-Schwarz garantit que cette définition a un sens.
Figure 1
L’angle ne dépend que des directions, pas des longueurs.
\(\tilde{\mathbf{x}} = \mathbf{x} - \bar{x}\,\mathbf{1}\) : la variable, moyenne retranchée.
\[\operatorname{var}(\mathbf{x}) = \frac{1}{n}\|\tilde{\mathbf{x}}\|^2, \qquad \operatorname{cov}(\mathbf{x},\mathbf{y}) = \frac{1}{n}\langle \tilde{\mathbf{x}}, \tilde{\mathbf{y}} \rangle\]
Variance et covariance : une norme et un produit scalaire.
Résultat central \[\operatorname{cor}(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = \frac{\langle \tilde{\mathbf{x}}, \tilde{\mathbf{y}} \rangle}{\|\tilde{\mathbf{x}}\|\,\|\tilde{\mathbf{y}}\|} = \cos \theta\]
Le coefficient de corrélation est le cosinus de l’angle entre les variables centrées.
| \(\cos\theta\) | Angle | Interprétation |
|---|---|---|
| \(1\) | \(0\) | même direction — profils proportionnels |
| \(0\) | \(\pi/2\) | directions orthogonales — décorrélation |
| \(-1\) | \(\pi\) | directions opposées — profils inversés |
Une corrélation nulle devient une perpendicularité.
\(\mathbf{x} = (2,\, 4,\, 6,\, 8)\), \(\mathbf{y} = (1,\, 3,\, 2,\, 4)\).
\[\tilde{\mathbf{x}} = (-3,\, -1,\, 1,\, 3), \qquad \tilde{\mathbf{y}} = (-1{,}5,\, 0{,}5,\, -0{,}5,\, 1{,}5)\]
\[\langle \tilde{\mathbf{x}}, \tilde{\mathbf{y}} \rangle = 8, \quad \|\tilde{\mathbf{x}}\| = \sqrt{20}, \quad \|\tilde{\mathbf{y}}\| = \sqrt{5} \ \Longrightarrow \ \cos\theta = \frac{8}{10} = 0{,}8\]
Un tableau de \(p\) variables : \(p\) vecteurs, leurs angles deux à deux.
Vers l’ACP Des variables très corrélées pointent presque dans la même direction. Elles occupent moins de \(p\) dimensions.
\[\mathbf{x} \perp \mathbf{y} \iff \langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle = 0\]
Le vecteur \(\mathbf{0}\) est orthogonal à tout vecteur.
Théorème \[\mathbf{x} \perp \mathbf{y} \iff \|\mathbf{x} + \mathbf{y}\|^2 = \|\mathbf{x}\|^2 + \|\mathbf{y}\|^2\]
\[\|\mathbf{x}+\mathbf{y}\|^2 = \|\mathbf{x}\|^2 + 2\langle \mathbf{x},\mathbf{y}\rangle + \|\mathbf{y}\|^2\]
Le double produit disparaît.
Vecteurs non nuls, orthogonaux deux à deux.
\[\forall i \neq j, \quad \langle \mathbf{v}_i, \mathbf{v}_j \rangle = 0\]
Propriété Une famille orthogonale est toujours libre.
Une combinaison nulle, mise en produit scalaire avec \(\mathbf{v}_k\) :
\[\Bigl\langle \sum_i \alpha_i \mathbf{v}_i, \ \mathbf{v}_k \Bigr\rangle = \alpha_k \|\mathbf{v}_k\|^2 = 0\]
\(\mathbf{v}_k \neq \mathbf{0}\), donc \(\alpha_k = 0\). Pour tout \(k\).
L’orthogonalité offre la liberté.
Une base orthogonale, dont tous les vecteurs sont unitaires.
\[\langle \mathbf{u}_i, \mathbf{u}_j \rangle = \delta_{ij}\]
La base canonique de \(\mathbb{R}^n\) en est une.
L’avantage décisif Dans une base orthonormée, les coordonnées sont de simples produits scalaires. \[\mathbf{x} = \sum_{i=1}^{n} \langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_i \rangle \, \mathbf{u}_i\]
Aucun système à résoudre. Aucun inverse à calculer.
\(\mathcal{B}\) est une base : la décomposition existe et est unique.
\[\mathbf{x} = \sum_{j=1}^{n} \alpha_j \mathbf{u}_j\]
Produit scalaire des deux membres avec \(\mathbf{u}_i\) :
\[\langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_i \rangle = \sum_{j=1}^{n} \alpha_j \langle \mathbf{u}_j, \mathbf{u}_i \rangle = \sum_{j=1}^{n} \alpha_j\, \delta_{ji} = \alpha_i\]
Le même geste qu’à la slide « Orthogonalité et liberté ».
Partage des rôles Base : la décomposition existe. Orthonormalité : ses coefficients se calculent sans système.
Base orthogonale non normée : \(\alpha_i = \dfrac{\langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_i \rangle}{\|\mathbf{u}_i\|^2}\).
Les vecteurs unitaires font disparaître le dénominateur.
| Base | Coordonnées |
|---|---|
| quelconque | résoudre \(B\boldsymbol{\alpha} = \mathbf{x}\) |
| orthonormée | \(\alpha_i = \langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_i \rangle\) |
Les bases orthonormées seront fournies dans ce cours. Leur construction n’est pas au programme.
Les vecteurs du cours 5, normalisés :
\[\mathbf{u}_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} 1 \\ 1 \end{pmatrix}, \qquad \mathbf{u}_2 = \frac{1}{\sqrt{2}}\begin{pmatrix} -1 \\ 1 \end{pmatrix}\]
Unitaires, et orthogonaux : \(\langle \mathbf{u}_1, \mathbf{u}_2 \rangle = \tfrac{1}{2}(-1 + 1) = 0\).
\(\mathbf{x} = (4, 2)\) :
\[\langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_1 \rangle = \frac{4+2}{\sqrt{2}} = 3\sqrt{2}, \qquad \langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_2 \rangle = \frac{-4+2}{\sqrt{2}} = -\sqrt{2}\]
Deux produits scalaires, là où le cours 5 résolvait un système.
Mêmes directions qu’au cours 5, où \([\mathbf{x}]_{\mathcal{B}} = (3, -1)\) : la normalisation change l’échelle, pas la lecture.
\[\langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle = \sum_{i=1}^{n} \alpha_i \beta_i, \qquad \alpha_i = \langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_i \rangle, \ \beta_i = \langle \mathbf{y}, \mathbf{u}_i \rangle\]
Condition Cette formule vaut dans une base orthonormée. Nulle part ailleurs.
\[\|\mathbf{x}\|^2 = \sum_{i=1}^{n} \langle \mathbf{x}, \mathbf{u}_i \rangle^2\]
Pythagore, en dimension \(n\).
À retenir pour l’ACP La norme se répartit sur les axes d’une base orthonormée. Chaque axe en porte une part.
\(\mathcal{B} = (\mathbf{b}_1, \dots, \mathbf{b}_n)\) : la matrice \(P\) dont les colonnes sont les \(\mathbf{b}_j\).
\[P = \bigl[\, \mathbf{b}_1 \ \big| \ \dots \ \big| \ \mathbf{b}_n \,\bigr]\]
\(\mathcal{B}\) est une base : \(P\) est inversible.
\[\mathbf{x} = P\,[\mathbf{x}]_{\mathcal{B}} \qquad \Longleftrightarrow \qquad [\mathbf{x}]_{\mathcal{B}} = P^{-1}\mathbf{x}\]
La formule du cours 5, avec son nom.
\(P\) reconstruit le vecteur ; \(P^{-1}\) le décode.
\(P\) transporte des coordonnées \(\mathcal{B}\) vers des coordonnées canoniques.
Source d’erreurs \(P\) contient les vecteurs de la nouvelle base, exprimés dans l’ancienne. Jamais l’inverse.
Une matrice carrée dont les colonnes forment une base orthonormée.
\[P^{\intercal}P = I_n \qquad \Longleftrightarrow \qquad P^{-1} = P^{\intercal}\]
L’inverse s’obtient par simple transposition.
Le coefficient \((i,j)\) de \(P^{\intercal}P\) :
\[(P^{\intercal}P)_{ij} = \langle \mathbf{u}_i, \mathbf{u}_j \rangle = \delta_{ij}\]
L’orthonormalité des colonnes, écrite matriciellement.
La rotation d’angle \(\theta\) :
\[ P = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} \]
Colonnes unitaires et orthogonales.
\[P^{-1} = P^{\intercal} = \begin{pmatrix} \cos\theta & \sin\theta \\ -\sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} \]
\[\langle P\mathbf{x}, P\mathbf{y} \rangle = \langle \mathbf{x}, \mathbf{y} \rangle, \qquad \|P\mathbf{x}\| = \|\mathbf{x}\|\]
Longueurs, angles, distances : tout est conservé.
Interprétation Un changement de base orthonormée est une rotation du repère. Les données ne bougent pas ; le point de vue change.
| Notion | Formule | Usage |
|---|---|---|
| Produit scalaire | \(\mathbf{x}^{\intercal}\mathbf{y}\) | tout le reste en découle |
| Norme | \(\sqrt{\langle \mathbf{x},\mathbf{x}\rangle}\) | longueur, variance |
| Angle | \(\cos\theta = \frac{\langle \mathbf{x},\mathbf{y}\rangle}{\|\mathbf{x}\|\|\mathbf{y}\|}\) | corrélation |
| Orthogonalité | \(\langle \mathbf{x},\mathbf{y}\rangle = 0\) | décorrélation, liberté |
| Base orthonormée | \(\alpha_i = \langle \mathbf{x},\mathbf{u}_i\rangle\) | coordonnées immédiates |
| Passage | \([\mathbf{x}]_{\mathcal{B}} = P^{-1}\mathbf{x}\), \(P^{-1}=P^{\intercal}\) | changement de repère |